(Petit matin, 5 h00 environ . Un homme, Martin, la trentaine, est adossé à un mur, il fume. Il jette son mégot, l'écrase du pied. Il vient se placer en courant en milieu de scène.)
Martin : « Ah cruelle douleur, tu viens me percer le c½ur et raviver en moi deux sentiments qui ne peuvent être confondus . ( il se tait)
Je rêve souvent à cette peine impitoyable , ce terrible mélange d'amour et de haine. Oh comment puis-je aimer celle qui m'est interdite ? Elle, ma s½ur. (il baisse les yeux) Qui comprendra jamais mon terrible destin et partagera ma peine en ce sombre matin ? Comment l'aimer alors que le même sang coule dans nos veines ? Cruel dilemme : si jamais je me laisse aller vers ces feux ardents alors je perds ma dignité et mon honneur. On me regardera comme un monstre, un homme incestueux, qui ne mérite que d'être brûlé par les flammes de l'enfer. Mais si je dois contenir cet amour, je deviendrai fou ! Je ne supporterais pas de la voir si légère, sans qu'elle sache que son propre frère veut faire d'elle sa lumière. (dans un cri)Ah l'amour ! Quel horrible sentiment, je préfère haïr plutôt que d'aimer ! Je hais l'amour ! Certains voudraient inonder le monde de chansons d'amour...Qu'ils se taisent ! Assez, assez ! Ou qu'ils se noient dedans ! Ah je suis déjà fou ! Oh mon aimée...Je contemple ce soleil qui brille et me consume. C'est beaucoup trop de lumière et de chaleur pour mon c½ur habitué à un froid d'hiver. Je ne veux plus t'aimer, mon aimée. Je ne dois pas t'aimer. A cause de cet amour, j'ai noyé mes yeux de larmes. Il faut que je l'abandonne ; oui il faut que j'abandonne cet amour malsain, cet amour qui m'affaiblit ; je dois me résigner à une vie qui me désespère...
(égaré)Ah pitié ! Que faire ? A qui demander du secours ? A qui avouer ma faute ? Une faute ? Quelle faute ? Celle d'aimer ? Aimer est une faute. Quelle absurdité. Je suis fautif alors. Mais puis-je seulement réparer ma faute ; encore faut-il que je le veuille. Il faudrait m'éloigner de toi ma chère s½ur, mon autre moitié . Oh ma chérie, je préférerai encore mourir que d'être loin de toi ; pourtant c 'est la seule solution. Et toi tu ne sais rien. Tu continues d'être rayonnante sans voir que cela me déchire et que tu me fais souffrir. Car tu m'aimes, oh oui tu m'aimes mais de cet amour trop pâle et trop fade qu'une s½ur a envers son frère. Tu ne vois pas mes appels de détresse.
(soupir déchiré )Cruelle désillusion que de croire que l'amour n'a pas de lois et que le verbe aimer est le plus beau mot au monde ! Cruelle désillusion de voir que tout ce que l'on croyait nous tenir en vie nous détruit peu à peu. J'étais tellement sûr que ce sentiment donnait des ailes comme on le dit si souvent. Mais il a fallu que mon amour vienne ce poser sur toi, ma chère s½ur, pour que tout s'écroule ! Pour moi ç'en est trop, c'est si dur. Ca me fait trop souffrir de faire semblant...Et quand tu en prends un autre dans tes bras, je me vide de tous mes pleurs .Oui je pleure, je pleure de douleur pour soulager ce c½ur meurtri, je pleure sans fin pour atténuer ce chagrin qui me tue un peu plus chaque jour, j'en viens même à pleurer de haine car je ne peux exprimer combien je t'aime. Je voudrais arracher cette tristesse de mon c½ur, ne plus avoir peur de dévoiler mes sentiments et ne plus éprouver des sentiments qui me font honte mais un amour pur qui ne me condamne pas. Mais si je devais révéler à qui que ce soit la vérité, on m'arracherait le c½ur avant de m'achever. Mais à qui le dire autrement qu'à elle ? (violemment) Ah riez, riez oui riez tous autant que vous êtes ! Oh riez de me voir ainsi ! Voyez moi aussi je ris ! (il éclate de rire) Ah faites taire ce murmure de dégoût qui vous parcours ! C'est détestable ! Allez ! Qui veut jeter la première pierre ? Je sais que c'est ce que vous souhaitez car vos sentiments sont trop secs et il n'y a que la vertu dans vos esprits étriqués ! J'aurais tellement aimé être vertueux comme tous les autres hommes de mon rang. (silence, il baisse la tête) Seulement voilà, son visage d'ange, la clarté étrange de son sourire, ont fait de moi un homme méprisable !
(silence, il relève la tête.) Je me souviens encore de notre enfance et de ce monde d'innocence. Je pouvais encore me trouver près de toi sans la moindre gène. Oh ma chérie, que s'est-il passé ? Nos jeux, ne sont plus nos jeux d'enfants maintenant... Pourtant je garde tout ça dans ma mémoire.
(silence) Je voudrais que plus personne ne me retienne, je voudrais que l'on soit seul et que le reste du monde disparaisse. Je n'en peux plus de cacher ma souffrance sous un sourire à cause de ce terrible amour que j'ai pour toi. Je vous mens, je te mens et me mens à moi-même également. Je rêve que je t'embrasse tendrement, à la lueur de la lune comme deux amants. Je te prends dans mes bras et je te dis toutes ces belles choses que l'on dit lorsque l'on est amoureux. Je veux rêver que tu seras là tout près de moi et que nous dormirons dans de mêmes draps. Ah malheureux que je suis ! Pourquoi faut-il que tu me sois interdite !
(dans un cri de désespoir) Ah ! Que la vie est cruelle ! Tous ces sentiments qui s'emmêlent ! Quelle est l'issue à ma douleur ? Je n'en vois qu'une mais elle est d'ampleur... La mort est une solution égoïste alors que l'amour cela se partage. Mais pour partager il faut être deux. (dans un murmure) et moi je suis seul , si seul... »